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DPE et canicule : pourquoi un logement classé A peut devenir une fournaise (et ce que le diagnostic ne vous dit pas)

Logement classé A au DPE dépassant 41 °C en canicule

Mis à jour le 30 août 2026 à 02:07

En résumé. Le DPE note la performance de votre logement en hiver — sa consommation de chauffage. Il ne dit presque rien de son comportement en été. Résultat : un appartement classé A ou B, réputé « performant », peut dépasser les 35 à 40 °C en pleine canicule. Avec des étés qui ont tué 5 700 personnes en 2025 en France, ce point aveugle du diagnostic devient un enjeu de santé publique — et bientôt, un critère de valeur immobilière. Voici ce que mesure (et ne mesure pas) le DPE, comment lire l’indicateur « confort d’été », et quoi faire concrètement.

Chaque été depuis trois ans, la même scène se répète. Un propriétaire fier de son DPE « B » découvre que son logement est invivable dès que le thermomètre dépasse 32 °C. Il pensait avoir acheté un bien économe et confortable. Il a acheté un bien économe en hiver.

Ce malentendu n’est pas anecdotique. Il est inscrit dans la méthode de calcul du diagnostic lui-même. Et pendant que les canicules s’intensifient — 72 départements en vigilance rouge le 25 juin 2026, un record —, un logement français sur deux se comporte comme une bouilloire thermique, sans que sa note de DPE ne le signale.


Ce que mesure vraiment le DPE : l’hiver, presque uniquement

Le Diagnostic de Performance Énergétique attribue une lettre, de A (très performant) à G (passoire thermique). Cette étiquette repose sur deux paramètres, et deux seulement :

  • la consommation d’énergie primaire du logement (chauffage, eau chaude, refroidissement, éclairage, auxiliaires) ;
  • les émissions de gaz à effet de serre associées.

En pratique, dans un pays où le poste de dépense dominant est le chauffage, c’est la performance hivernale qui fait la note. Un logement bien isolé, bien chauffé, peu émetteur décroche un A ou un B. Sa capacité à rester frais au mois de juillet ? Elle n’entre pas dans le calcul de la lettre.

Autrement dit : le DPE répond à la question « ce logement consomme-t-il peu pour se chauffer ? » — pas à la question « fait-il bon vivre dedans quand il fait 38 °C dehors ? ». Ce sont deux problèmes physiques différents, et le second est largement ignoré par l’étiquette.

L’indicateur « confort d’été » existe… mais il ne compte pas

La réforme du DPE (arrêté du 31 mars 2021, méthode 3CL-2021) a introduit, en page 2 du rapport, un indicateur de confort d’été à trois niveaux : bon, moyen ou insuffisant.

Bonne nouvelle sur le papier. Mais cet indicateur est purement informatif : il ne pèse pas sur la lettre A–G. Un logement peut cumuler une étiquette A et un confort d’été « insuffisant ». Le ministère de la Transition écologique le confirme : seul le confort passif est évalué — une climatisation ne compte pas dans l’indicateur (un brasseur d’air, si).

Concrètement, cet indicateur repose sur cinq critères :

  1. la présence de protections solaires extérieures (volets, persiennes, brise-soleil, stores extérieurs) ;
  2. l’isolation de la toiture (pour les maisons et les logements au dernier étage) ;
  3. l’inertie thermique du logement (sa capacité à emmagasiner puis restituer lentement la chaleur) ;
  4. son caractère traversant (ouvertures sur deux façades opposées, pour ventiler la nuit) ;
  5. l’équipement en brasseur d’air (ventilateur de plafond).

La hiérarchie est stricte : sans protections solaires extérieures, ou sans toiture isolée, le logement est automatiquement classé « insuffisant ». Pour viser « bon », il faut d’abord cocher ces deux cases, puis réunir au moins deux des trois critères secondaires (inertie, traversant, brasseur d’air).

C’est simple, c’est pédagogique — et c’est facultatif dans la note. D’où le paradoxe qui suit.

Le paradoxe : classé A, invivable en été

Les chiffres sont sans appel. En analysant la base ADEME (près de 9 millions de DPE), les cabinets Pouget Consultants et IGNES aboutissent à un constat brutal :

  • 9 logements sur 10 ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs ;
  • seuls 10 % obtiennent un confort d’été « bon » ;
  • près d’un logement sur deux est jugé « insuffisant » ;
  • la cause n°1 est presque toujours la même : l’absence de protections solaires extérieures.

Le plus contre-intuitif : même parmi les logements classés A ou B, environ un tiers reste exposé à la surchauffe estivale. La raison est mécanique. On a rénové le parc français pour retenir la chaleur en hiver — isolation renforcée, étanchéité à l’air, triple vitrage. Ces mêmes qualités, sans protection solaire ni ventilation nocturne, transforment le logement en thermos : la chaleur entre par les vitrages, et l’isolation… l’empêche de repartir.

Un bon DPE peut donc parfaitement coexister avec un logement qui dépasse 40 °C en journée. Ce n’est pas un bug. C’est le périmètre du diagnostic.

« Bouilloires thermiques » : un enjeu qui a quitté le champ technique

Le sujet a désormais un nom médiatique — les « logements-bouilloires » — et des institutions qui l’ont saisi. L’étude « Logements-bouilloires : quartiers chauds ! » publiée par la Fondation pour le logement en juin 2026 documente l’ampleur du phénomène :

  • 1 logement sur 2 présente un confort d’été insuffisant ;
  • plus de 40 % des logements sont dépourvus de volets complets ;
  • le taux d’équipement en climatisation a doublé en dix ans, atteignant 34 % en 2026 ;
  • 66 % des Français déclarent supporter difficilement la chaleur chez eux ;
  • près d’un Français sur trois juge son logement mal protégé contre la chaleur estivale ;
  • les ménages les plus pauvres sont deux fois plus touchés par la précarité énergétique d’été que les plus aisés.

Et le coût humain est réel. L’été 2025 a causé environ 5 700 décès liés à la chaleur en France et 24 000 interventions de secours ; sur dix ans, la barre des 40 000 morts a été franchie. Pour situer l’ordre de grandeur : la chaleur tue désormais plus que les accidents de la route (environ 3 200 morts en 2025). La surmortalité est 31 % plus élevée dans les dix départements les plus pauvres que dans les dix plus riches (Oxfam France) — parce que le logement, précisément, n’y protège pas.

Le confort d’été n’est plus un critère de confort. C’est un facteur de risque sanitaire, et il est aujourd’hui absent de l’outil de référence censé qualifier la performance d’un logement.

L’incohérence réglementaire : le neuf doit gérer l’été, l’ancien non

C’est le cœur du problème, et il est réglementaire.

Pour la construction neuve, la RE2020 rend le confort d’été obligatoire et contraignant. Elle impose un indicateur de degrés-heures (DH) — le nombre d’heures par an où l’occupant subit une température inconfortable :

  • en dessous de 350 DH, le bâtiment est considéré comme confortable ;
  • au-delà de 1 250 DH (environ 25 jours à 30 °C le jour et 28 °C la nuit), le bâtiment n’est plus conforme : le permis de construire peut être refusé tant que le projet n’est pas corrigé.

Autrement dit, on n’a plus le droit de construire une bouilloire thermique. Le confort d’été est une exigence de résultat.

Mais la RE2020 ne concerne que le neuf — une fraction infime du parc. Les ~37 millions de logements existants, eux, relèvent du DPE, où le confort d’été n’est qu’une mention indicative sans conséquence sur la note.

L’incohérence est encore plus nette côté location. La Loi Climat et Résilience (22 août 2021) interdit progressivement de louer les passoires thermiques — classe G depuis le 1er janvier 2025, classe F en 2028, classe E en 2034. Mais ce calendrier sanctionne exclusivement la performance hivernale. Un logement peut être interdit à la location parce qu’il chauffe mal en hiver, alors qu’un logement invivable en été reste, lui, parfaitement louable s’il a une bonne étiquette. La réglementation combat la passoire de l’hiver et ignore la bouilloire de l’été.

Ce qui va (peut-être) changer — et pourquoi ça ne suffira pas tout de suite

Le DPE évolue au 1er janvier 2026, mais pas sur ce point. La réforme (arrêté du 13 août 2025) abaisse le coefficient de conversion de l’électricité de 2,3 à 1,9, ce qui fait mécaniquement sortir environ 850 000 logements chauffés à l’électricité des classes F et G, sans aucuns travaux. Le nombre de passoires thermiques passe ainsi d’environ 3,9 millions (12,7 % des résidences principales début 2025) à 3,2–3,5 millions. Une correction qui vise l’équité entre énergies — mais qui ne touche en rien le confort d’été.

L’intégration pleine du confort d’été dans le calcul de la note est bien évoquée par les pouvoirs publics, mais elle reste à l’étude, sans traduction réglementaire à ce jour. Une réforme plus structurelle du DPE, intégrant réellement l’été, est envisagée à l’horizon 2027-2028. D’ici là, l’étiquette continuera de raconter surtout l’hiver.

En clair : ne comptez pas sur la note A–G pour vous protéger de la chaleur. Il faut lire le rapport plus finement.

Comment savoir si votre logement est une bouilloire (avant l’achat ou la location)

Trois réflexes concrets :

  1. Regardez la page 2 du DPE, pas seulement la lettre. L’indicateur de confort d’été (bon / moyen / insuffisant) y figure. Un logement A avec confort d’été « insuffisant » est un signal d’alerte, pas un bien « performant » au sens du vécu estival.
  2. Vérifiez les cinq critères vous-même : y a-t-il des protections solaires extérieures (le facteur décisif) ? La toiture ou les combles sont-ils isolés ? Le logement est-il traversant ? Quelle est son inertie (le béton et la pierre encaissent mieux que le placo) ? Existe-t-il un brasseur d’air ?
  3. Faites réaliser (ou actualiser) un DPE avec un diagnostiqueur qui commente l’indicateur confort d’été et les scénarios de travaux associés. Le rapport chiffre les améliorations possibles — encore faut-il les lire.

Que faire pour rafraîchir un logement — sans climatiser à outrance

La climatisation est un pansement coûteux : elle fait grimper la facture, aggrave l’îlot de chaleur urbain et rejette de la chaleur dehors. Les leviers passifs sont plus efficaces et durables, dans cet ordre de priorité :

  • Protections solaires extérieures d’abord (volets, persiennes, brise-soleil, stores bannes). C’est le geste n°1 : arrêter le soleil avant qu’il ne frappe le vitrage. Plus de la moitié des audits ne le préconisent même pas — c’est pourtant le plus rentable.
  • Ventilation nocturne traversante : ouvrir sur deux façades opposées la nuit pour évacuer la chaleur accumulée.
  • Brasseur d’air / ventilateur de plafond : quelques watts pour gagner plusieurs degrés ressentis, sans clim.
  • Isolation de la toiture et des combles : première surface d’entrée de la chaleur dans les maisons et derniers étages.
  • Inertie et aménagements : matériaux lourds, végétalisation, pergolas, pour tamponner les pics.

Ces travaux améliorent aussi, souvent, la performance hivernale — donc la note A–G. Un audit énergétique permet de les prioriser et de les chiffrer.


FAQ — DPE et confort d’été

Le DPE prend-il en compte la chaleur en été ?
Partiellement. Le DPE inclut un indicateur de confort d’été (bon, moyen, insuffisant) en page 2 du rapport, mais celui-ci n’entre pas dans le calcul de la note A–G. La lettre reflète essentiellement la performance hivernale (chauffage) et les émissions de gaz à effet de serre.

Un logement classé A peut-il être invivable en été ?
Oui. Environ un tiers des logements classés A ou B reste exposé à la surchauffe estivale. Une bonne isolation conçue pour l’hiver peut piéger la chaleur en été si le logement manque de protections solaires extérieures et de ventilation nocturne.

Qu’est-ce qu’une « bouilloire thermique » (ou logement-bouilloire) ?
C’est un logement qui surchauffe fortement en été, au point de devenir difficilement supportable. Selon la Fondation pour le logement, un logement sur deux présente un confort d’été insuffisant. Le terme fait écho à la « passoire thermique », mais pour la chaleur estivale plutôt que le froid hivernal.

Quels sont les critères de l’indicateur confort d’été du DPE ?
Cinq critères : protections solaires extérieures, isolation de la toiture, inertie du logement, caractère traversant, et présence d’un brasseur d’air. Sans protections solaires extérieures ou sans toiture isolée, le logement est automatiquement classé « insuffisant ».

La climatisation compte-t-elle dans l’indicateur confort d’été ?
Non. Seul le confort passif est évalué. Une climatisation n’améliore pas l’indicateur ; un brasseur d’air, oui.

La loi va-t-elle interdire de louer les logements qui surchauffent en été ?
Pas aujourd’hui. La Loi Climat et Résilience interdit la location des passoires sur la base de la performance hivernale (G depuis 2025, F en 2028, E en 2034). Le confort d’été ne conditionne aucune interdiction de location à ce jour.

Le confort d’été sera-t-il intégré au DPE ?
C’est à l’étude. Une intégration réelle dans le calcul de la note est évoquée à l’horizon 2027-2028, sans texte réglementaire à ce jour. La réforme du 1er janvier 2026 porte sur le coefficient de l’électricité, pas sur l’été.

Comment rafraîchir un logement sans climatiser ?
Par ordre d’efficacité : protections solaires extérieures, ventilation nocturne traversante, brasseur d’air, isolation de la toiture/combles, et amélioration de l’inertie. Ces gestes réduisent la surchauffe sans la surconsommation et les nuisances de la climatisation.


Faire le point sur votre logement

Un DPE bien lu vous dit bien plus que sa seule lettre. Pour connaître le confort d’été réel de votre bien — et les travaux qui le rendront vivable toute l’année — faites appel à un diagnostiqueur certifié.

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Sources & études

  • Étude Pouget Consultants & IGNES, Analyse de la base de données DPE au regard du confort d’été passif (base ADEME, ~9 M de DPE).
  • Fondation pour le logement, Logements-bouilloires : quartiers chauds ! (juin 2026).
  • Méthode 3CL-2021, arrêté du 31 mars 2021 (réforme du DPE, indicateur confort d’été).
  • Arrêté du 13 août 2025 (coefficient de conversion de l’électricité, DPE au 1er janvier 2026).
  • Loi n°2021-1104 du 22 août 2021 (Climat et Résilience) — calendrier d’interdiction de location.
  • RE2020, indicateur degrés-heures (DH) — seuils 350 / 1 250 DH pour la construction neuve.
  • Santé publique France, Chaleur et santé — Bilan de l’été 2025 (plus de 5 700 décès attribuables à la chaleur, plus de 24 000 passages aux urgences).
  • Note Oxfam France sur les inégalités face à la chaleur ; Météo-France (72 départements en vigilance rouge le 25 juin 2026).

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